La France se lance dans la course aux grands drones sous-marins. L'Agence de l'innovation de défense et Naval Group ont signé mercredi l'accord du démonstrateur UCUV, un drone sous-marin de combat dont les essais en mer débuteront en 2028.

En pleine semaine Euronaval, la France accélère indiscutablement sur les drones sous-marins de combat. Le ministère des Armées a annoncé mercredi 4 novembre la signature, entre l'Agence de l’innovation de défense (AID) et Naval Group, de l'accord qui lance la réalisation du démonstrateur UCUV, pensé pour renforcer les capacités de la Marine nationale. Cet engin sans équipage devra tenir longtemps en mer, prendre seul certaines décisions et aller du renseignement jusqu'à la neutralisation. Avec lui, la France entre dans le club très fermé des pays qui développent ces drones sous-marins XXL.
Drone sous-marin de combat UCUV, ce que l’on sait du projet de Naval Group et de l’AID
La France a officiellement lancé la réalisation de l'UCUV, pour Unmanned Combat Underwater Vehicle, traduisez « véhicule sous-marin de combat sans équipage ». Le nom dit déjà l'essentiel, et le ministère y ajoute deux qualificatifs pour le décrire, que sont « océanique » et « polyvalent », autrement dit un drone taillé pour la haute mer, et capable de remplir des missions très différentes. Il appartient à la famille des XLUUV, ces drones sous-marins « extra-larges ». La France rejoint le club des États engagés sur ce terrain, où figurent notamment les États-Unis avec l'Orca de Boeing. Et la Marine nationale en profite pour imaginer se doter d'un moyen d'asseoir sa supériorité technologique et tactique.
Le cahier des charges présenté par l'AID et Naval Group est pour le moins ambitieux. Dans le détail, le démonstrateur devra faire preuve d'endurance, mais aussi d'une « autonomie décisionnelle contrôlée ». Concrètement, il saura s'adapter de lui-même à un imprévu tactique, aux conditions du milieu ou à une avarie, en opérant seul ou en coordination avec d'autres systèmes. Le mot « contrôlée » laisse entendre que cette liberté de décision reste encadrée.
Le ministère des Armées impose aussi une exigence plus surprenante pour un engin de grande taille. Il devra être aérotransportable. Cela veut dire qu'il pourra être chargé dans un avion pour rejoindre rapidement une zone lointaine, au lieu de devoir y aller uniquement par la mer. Une fois sur place, il sera mis à l’eau depuis un quai ou depuis un navire. Ses missions iront de la collecte d’informations (renseignement, surveillance d’une zone, reconnaissance avant une opération) jusqu’à des actions offensives pour neutraliser une cible. Oui, il sera aussi un appareil de combat.

Un drone sous-marin héritier d'essais déjà menés en mer
Un cahier des charges aussi exigeant, ça ne s’improvise pas, et l’UCUV peut compter sur un héritage solide. Le projet prolonge en effet un marché d’étude lancé en 2023 avec la Direction générale de l’armement (DGA). Depuis près de trois ans, il faut savoir que les centres de la DGA, la Marine nationale et Naval Group travaillent autour d’un démonstrateur industriel de drone océanique, que l’industriel a déjà fait naviguer. Ces essais ont permis d’évaluer rapidement les briques technologiques nécessaires. Le nouveau démonstrateur, qualifié d’opérationnel, va un cran plus loin.
Alors pourquoi, et à quoi servirait un tel engin ? Le ministère des Armées évoque d'abord la contestation croissante des espaces sous-marins, autrement dit des fonds marins devenus un terrain de rivalité entre puissances. Il pointe aussi les menaces sur les infrastructures critiques, comme les câbles posés au fond des mers, par lesquels transite l’essentiel du trafic Internet mondial, avec des actes de sabotage réguliers. Le projet doit enfin valoriser le savoir-faire français en drones et en sous-marins de combat. Il fera travailler des entreprises de toutes tailles, des PME aux grands groupes en passant par les ETI (entreprises de taille intermédiaire), dans divers départements comme les Bouches-du-Rhône, le Var, les Yvelines, la Seine-et-Marne, le Morbihan, la Manche et la Loire-Atlantique.
Les essais en mer, prévus en 2028, serviront à valider les choix technologiques et à mieux cerner la réponse à apporter aux nouvelles formes de combat naval. En attendant, l'UCUV figure parmi les projets exposés par l'AID à Euronaval, au lendemain de la présentation du SCX 26, un concept de navire de Naval Group conçu pour lancer et récupérer ses propres drones. En mars, un sous-marin nucléaire d'attaque français avait lancé et récupéré en plongée un drone sous-marin américain, une première pour la Marine nationale. Celle-ci apprend à travailler avec des machines sans équipage, jusque dans les grands fonds.